Congrès Mlf/OSUI 2016 – L’école apprend la citoyenneté

congrès de dijon

L’éducation à la citoyenneté sera au centre du congrès Mlf/OSUI 2016 qui réunira en mai prochain, à Casablanca, les personnels d'encadrement des établissements du réseau mlfmonde.

Les attentats de 2015 ont mis la société française à l’épreuve de la barbarie. Ces silhouettes masquées, ces imprécations, ces violences : de quels tréfonds, de quelles marges venaient-elles ? Quelle cécité ou quel trop-plein de confiance en avaient occulté la réalité ? Par quelles faiblesses, quelle inattention de nos institutions avaient-elles pu advenir ? La patrie des droits de l’Homme, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, doutait d’elle-même.
La guerre galvanise et rassemble la patrie contre l’ennemi de l’extérieur. Au contraire, quand l’ennemi surgit du plus profond d’elle-même, la société s’angoisse d’être devenue vulnérable. Passé le temps de l’invocation aux « valeurs », passé celui du rassemblement symbolique des nations éprises de liberté contre l’obscurantisme, il a fallu chercher les failles. Chargée d’instruire les jeunes dans les valeurs et repères historiques constitutifs de la communauté nationale, l’école a été interrogée, car dans quel pays ne joue-t-elle pas ce rôle, et dans quel pays est-elle plus qu’en France investie de faire naître le citoyen en la personne ?

Les premières mesures ont concerné la formation – aux valeurs de la République, à la laïcité, qui fonde le droit à la liberté de conscience, à la maîtrise et à la transmission de la langue nationale présumée procurer à chacun les chances de jouir des droits à l’égalité et à la dignité. Au même moment, un rapport du conseil national de l’évaluation scolaire mettait le doigt sur un paradoxe : nulle part plus qu’en France on n’apprend la citoyenneté ; pourtant la socialisation citoyenne y est moins efficace qu’ailleurs. Instruire l’enfant dans la citoyenneté suffit-il pour faire germer l’homme politique ? Trop conceptuelle, ou trop ancrée dans la transmission de références et d’une mémoire dont le sens s’est affaibli pour beaucoup de jeunes, l’école française appellerait-elle en creux une autre pratique scolaire, préparant plus efficacement à l’engagement social et civique, désignant les valeurs de la citoyenneté non comme des icônes mais comme des principes et des pratiques encore possibles et nécessaires ?

Mais quelle citoyenneté pour l’école française à l’étranger qui accueille plus de deux tiers d’élèves nationaux, où des dizaines de nationalités différentes et toutes les formes d’appartenance culturelle, confessionnelle se côtoient ? Déjà en janvier, on observait, comme en France, qu’un nombre non négligeable des élèves, sans rejeter les valeurs de l’enseignement français, refusaient toutefois d’être Charlie. Dans certains pays, les jeunes nationaux qui le voudraient sont interdits d’accès à nos écoles par l’Etat, et dans d’autres, le regard de l’Etat sur les programmes se fait de plus en plus pressant. Enfin, l’appréciation positive que les familles ont de notre enseignement ne doit pas faire illusion sur une adhésion de toutes à la vision qu’il véhicule de l’homme en société.
Dans tous les Etats souverains, la citoyenneté est le ciment national. Si l’enseignement français à l’étranger, vecteur de rayonnement d’un message universaliste veut conserver voire étendre son empreinte, la pédagogie d’un enseignement de la citoyenneté ne peut résulter d’une simple transposition depuis l’espace national. Déjà, la diffusion de la charte de la laïcité est laissée à l’appréciation des chefs de mission diplomatique, preuve que le concept est rien moins qu’exportable.

Le concept de citoyen du monde est séduisant, mais permet-il de tourner la difficulté ? La cité grecque antique où puise notre représentation moderne de la citoyenneté, appelait cosmopolitisme l’aspiration à une communauté humaine universelle. L’idéal a traversé les siècles. La citoyenneté européenne a par exemple récemment pris une consistance juridique, tandis que la recherche de convergences autour des idéaux de paix et de bien-être, la nécessité d’un développement durable et protecteur des valeurs de vie, progressent dans la conscience universelle, selon les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies. L’UNESCO promeut une éducation à la citoyenneté mondiale, qu’elle pose comme fondement d’un monde solidaire et responsable. Cette année, la France accueille la COP 21, exceptionnelle mobilisation mondiale des savoirs contre les opinions et contre les groupes d’intérêt autour des enjeux liés au réchauffement climatique et donc de l’évolution des conditions de la vie sur la terre. C’est peut-être le sujet le plus parlant pour suggérer que le rêve de la mondialisation ne saurait oblitérer le besoin d’une forme de citoyenneté mondiale, liée à la question des conditions de l’avenir de l’Homme. Mais sauf à rester à l’état d’utopie, elle n’a pas de chance de s’incarner si on oublie qu’avant le monde, les jeunes ont besoin de percevoir ce qu’est la nation, le tracé des frontières, le poids humain des réalités locales, tout cet héritage qui les constitue avant qu’ils puissent s’emparer de la citoyenneté.

 


 

La Mlf résume les compétences du socle en trois axes de mobilisation qui donnent son sens de l’enseignement français à l’étranger en direction des élèves : apprendre à communiquer, forger une autonomie, construire la citoyenneté. Chacun de ses congrès annuels aborde l’un de ces axes, depuis deux années, le numérique ayant toute sa place pour penser une culture de transmission qui s’en trouve rapidement modifiée.

L’éducation à la citoyenneté sera au centre du congrès 2016. C’est un objet complexe :

  • Avant sa majorité, un jeune français n’est pas un citoyen, et c’est à l’école, aux côtés de la famille qu’est dévolue la mission de le construire dans la citoyenneté : la citoyenneté résulte donc d’une coéducation.
  • Par ses objectifs, elle concerne à la fois la nation, la réalité de ses territoires, et les enjeux du monde. Ses contenus empruntent à tous les savoirs disciplinaires, et sa compréhension à leur interaction.
  • Les enjeux qu’elle porte sont ceux de la communication et de leurs véhicules : langues, cultures, interrogés par les nouveaux langages. En particulier, le numérique informe profondément les relations sociales ; son usage montre qu’en matière de comportement et d’éthique, on peut tout en attendre, le meilleur comme le pire. Enfin, l’éducation à la citoyenneté, en France comme dans toute l’Europe et évidemment dans le monde, est entre deux, voire plusieurs cultures, dont l’égale légitimité suppose une égale adhésion des familles.
    La citoyenneté noue le contrat social, dont la préfiguration est un contrat scolaire qui construise, réunisse et donc ne divise pas la communauté.

Le congrès 2016 de la Mlf-OSUI :

  • Posera la question du contenu et des conditions de légitimité du message sur la citoyenneté qu’à l’étranger l’enseignement français, prolongement du système éducatif national mais à portée internationale doit véhiculer à la fois pour renforcer son identité, sa propre pertinence, et pour augmenter la portée du message humaniste de l’école française dont la Mlf est porteuse dans la société civile.
  • Dans une perspective comparatiste, empruntant aux diverses régions d’implantation de la Mlf, voire à d’autres systèmes d’enseignement présents à l’international, il approchera les diverses façons d’enseigner la citoyenneté et envisagera sur la base de l’expérience, la façon d’enrichir notre pédagogie et notre mode d’évaluation de cet enseignement.
  • Il s’attachera à explorer et mesurer l’efficacité des outils d’un enseignement de la citoyenneté qui par leur efficacité et leur capacité à mobiliser en coopération d’autres publics scolaires, notamment des établissements nationaux, permettront de fortifier le dialogue interculturel autour de la citoyenneté.

Jean-Christophe Deberre
Directeur général