Mission laïque française

Congrès Mlf/OSUI 2018 : « L’école française, une pédagogie laïque pour un monde interculturel »

En avril dernier se tenait le congrès annuel Mlf/Osui à Deauville et à Caen sur le thème « L’école française : une pédagogie laïque pour un monde interculturel ». Accueilli par l’Académie de Caen et organisé avec celles de Dijon, Paris, Poitiers et Reims, la Ligue de l’Enseignement, Solidarité Laïque et la Fondation Maison des sciences de l’Homme, le congrès a réuni, pendant 5 jours, 650 congressistes qui ont débattu ensemble, partagé et ce sont interrogés sur l’importance d’une pédagogie laïque en acte et en devenir, au service d’une école de la réussite et de la citoyenneté, en France et à l’étranger.

 Pourquoi s’interroger sur la place de la laïcité dans la pédagogie ? 

Chaque année, la Mission laïque française rassemble, autour d’une question contemporaine liée à l’éducation, les personnels d’encadrement des établissements qui composent son réseau traditionnel (écoles, collèges et lycées en pleine responsabilité et partenaires de la Mlf, de l’OSUI et de la MLCI).

La récente remise en cause des valeurs de la république, comme forme de l’intérêt général, dans une conjoncture internationale troublée, a récemment conduit à renforcer à l’école une pédagogie de la laïcité qui rende sensible pour les élèves le principe fondamental d’organisation de la nation et de la vie en société. À l’étranger, l’école française très appréciée pour les effets de sa pédagogie, ne saurait toutefois sans risque être prosélyte de la laïcité.

« Nous avons choisi d’interroger la laïcité en revenant au cœur de la pédagogie française qui la porte car l’école française est depuis son origine chargée de promouvoir une pédagogie de la liberté de conscience et de la neutralité, du respect d’autrui et de la diversité », précise Jean-Christophe Deberre, directeur général de la Mission laïque française. 

 

Quels sont ses atouts, ses outils, quelles sont aussi les contraintes qu’elle rencontre dans l’organisation scolaire, notamment à l’étranger ? Quelles sont surtout les évolutions à prévoir pour que ce modèle conserve le capital de confiance que lui accordent la société française et ses partenaires à l’étranger ?

Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre lors de ce rendez-vous annuel.  Les participants ont ainsi pu alterner entre séances plénières, tables rondes, débats, ateliers animé par des chercheurs, pédagogues, sociologues et artistes de renom en France et à l’étranger : Jean Baubérot, Michel Wieviorka, Ariane Mnouchkine, Pascale Toscani, Valentine Zuber, Souâd Ayada, Jean-Pierre Dozon, Agnès Levallois, Souleymane Diagne, Sylvain Connac, Éric Debarbieux, Jean-Paul Delahaye, Thierry Karsenti, Ron Canuel, etc.

 

 Le congrès MLF/OSUI, vecteur du « faire ensemble » 

Le congrès Mlf/OSUI s’est articulé autour de trois espaces majeurs : l’auditorium, les salles dédiées aux ateliers et le Forum, vaste lieu de rencontres conçu et aménagé pour favoriser les échanges et les discussions entre les participants.

La thématique du congrès a été déclinée en quatre axes accueillant chacun des ateliers de réflexion : le vivre ensemble, l’esprit critique, la diversité et l’ouverture culturelle, l’élève personne sensible et acteur de ses apprentissages, les organisations apprenantes.

 

« L’école, en France comme à l’étranger, doit être un foyer de libre réflexion. Distinguer savoir et croyance, raisonner sans a priori, ça s’apprend. Et en cela, la laïcité est aussi une pédagogie », a défendu François Perret, président de la Mission laïque française, dans son discours d’inauguration.

Le public fut par ailleurs renouvelé. En effet, les précédentes années, le congrès réunissait principalement les personnels de l’encadrement et quelques représentants du personnel enseignant français. Pour cette nouvelle édition, une réelle volonté d’ouverture logique vers l’hexagone s’est mise en place, notamment pour faciliter les rencontres entre les enseignants de France et ceux de l’étranger mais aussi pour éclairer le débat et le décentrer des problématiques françaises.

 

« À l’étranger, la laïcité ne peut pas s’exprimer frontalement, en reprenant par exemple la charte de la laïcité que tous les établissements publics de l’Hexagone sont tenus d’afficher », explique le directeur général Jean-Christophe Deberre.

 

Le congrès a ainsi accueilli plus de 116 intervenants sur les 3 jours. À Deauville jusqu’à lundi et au Mémorial de Caen, mardi et mercredi, les membres de la Mlf et des cadres éducatifs, politiques ou universitaire ont travaillé sur la diversité culturelle et la laïcité comme vecteurs d’une pédagogie adaptée au monde moderne.

Une pédagogie du faire ensemble que l’on retrouve aussi chez les élèves avec l’inauguration des premières Rencontres internationales de la webradio scolaire.  Les élèves venus de collèges et lycées de Tripoli (Liban), Florence (Italie), New York (États-Unis), El Jadida (Maroc), Reus et Saragosse (Espagne), Stavanger (Norvège) et Lisieux (France), encadrés par des enseignants qui pratiquent la webradio, ont su travailler ensemble, conjuguer leur savoir-faire et mutualiser leurs compétences pour aborder des enjeux sociétaux et scolaires tels que les différences culturelles au sein des écoles ou encore la personnalisation des apprentissages via le numérique. Remettre la voix des élèves au centre de ce congrès, tel était l’objectif premier de ces rencontres internationales. Des élèves qui ont appris à vivre cette dimension interculturelle plébiscitée pendant ces 5 jours.

L’autre nouveauté du congrès fut la possibilité  de voir les conférences #autrement en suivant les retransmissions en direct des plénières sur le site dédié au congrès.

Par ailleurs, pendant toute la durée du congrès, entre plénières et temps d’ateliers, les congressistes ont vécu au rythme du forum, un espace convivial et ouvert, au cœur duquel se sont tenus quelques rendez-vous propices à la discussion et aux échanges. Une trentaine d’institutions, d’associations et de créateurs de ressources  ont fait le déplacement.  Les congressistes ont pu ainsi assister aux émission de webradio ou visionner une sélection de courts-métrages et de films documentaires. D’autre part, les participants ont pu faire œuvre commune autour de plusieurs temps dédiés à la création artistiques ou encore découvrir diverses expositions présentes dans l’auditorium.

 

Un congrès riche en contenus et qui, par la qualité des nombreuses personnalités qui se sont exprimés tout au long de ces cinq journées de débat, d’échanges et de partage rappelle combien la laïcité est la clé de voûte d’un enseignement qui place au-dessus de tout l’émancipation de l’homme par la liberté de conscience, d’une pédagogie axée sur la compréhension des manifestations identitaires dans une société interculturelle en constante mutation.