Mission laïque française

Le concours des dix mots, partage d’expérience

La classe de CE2 de Toronto French School (TFS) a remporté le 1er prix ex-aequo dans la catégorie des établissements français à l'étranger au concours des dix mots, édition 2018. Nous avons recueilli le témoignage de l'enseignante à l'initiative de leur participation au concours.

 Initiative du projet 

J’ai découvert le concours Dis-moi dix mots lors de mon arrivée dans la zone Amérique du Nord, par le biais de la documentaliste de mon établissement. Lors de notre premioère particpation en 2015, le « Coup de Cœur du Jury » nous a été attribué. Le sujet de cette année correspondait tout à fait aux questionnements que nous avons autour de l’oralité et du langage lorsque nous travaillons dans des établissements français à l’étranger.
A Toronto French School- l’école internationale du Canada, les élèves sont originaires de plus de 40 pays différents. Ils sont en immersion dans un environnement non seulement plurilingue mais aussi multiculturel. Il me semblait donc pertinent de les amener à s’interroger sur leur rapport aux langues qu’ils parlent mais aussi de les aider à mieux comprendre leur identité linguistique. Ce concours est aussi une formidable opportunité de travailler par projet et d’enseigner les programmes français en adoptant le cadre pédagogique du Baccalauréat International.
 Les élèves 

Cette année, notre classe de CE2 de 22 élèves a décidé de participer. Les élèves étaient motivés par le fait de savoir que d’autres enfants comme eux allaient réfléchir aux mêmes mots de la langue française. Que nous soyons ou non distingués par un prix, nous étions curieux de découvrir les productions des autres candidats. Toutes les activités se sont déroulées en classe, sans intervenant extérieur.
 Choix du support 

Un sujet en lien avec l’oralité impliquait de faire entendre la voix des élèves. Nous avons décidé d’accompagner notre production de messages enregistrés : textes, illustrations et enregistrements sonores où les élèves incarnent des personnages de l’histoire.

 Durée d’élaboration et réalisation 

Nous avons tout d’abord utilisé les vidéos proposées sur le site du concours pour découvrir les mots et discuter leur sens, parfois multiple. Puis, nous avons gardé sept mots parmi les dix proposés. Chaque élève a choisi le mot qu’il préférait et des groupes de trois ou quatre élèves se sont ainsi formés. Le mot griot a été choisi comme déclencheur de l’histoire. Il est le personnage principal, le conteur, et il accompagne les différentes scènes du récit. Il amène le lecteur à réfléchir et provoque la discussion entre les personnages. Chaque groupe a présenté son texte. Certains textes ont eu besoin d’être retravaillés et des volontaires d’autres groupes ont participé à la réécriture pour renforcer la cohérence entre les scènes. Alors au cœur d’un projet de recherches intitulé « Comment nous exprimons-nous ? », à l’instar de l’artiste torontoise Barbara Reid, nous avons utilisé de la pâte à modeler pour lesillustrations.
Le fond de l’illustration représente un paysage de notre région et le griot s’appuie contre un arbre symbolique du Canada, l’érable. Au fur et à mesure de l’histoire, l’arbre perd ses feuilles, afin d’évoquer le temps qui passe. Les personnages sont les élèves qui se sont représentés en pâte à modeler. Chaque scène a été photographiée, et les textes associés. Puis, les élèves ont interprété les rôles qu’ils avaient écrits et un code QR des enregistrements a été ajouté à chaque page.

 Impact pédagogique et compétences visées pour les élèves 

Il est multiple car le projet permet la transdisciplinarité. Les disciplines les plus évidemment abordées sont la langue française et l’art mais d’autres aussi telles les nouvelles technologies pour la mise en forme et les enregistrements, ou les mathématiques pour aborder les échelles et les perspectives dans les mises en scène. De plus, les compétences de collaboration et de travail de groupe ont été mobilisées, celles de recherches et tâtonnements également puisque l’intervention du professeur était volontairement minime et surtout organisationnelle et technique.
Au-delà, ce fut aussi un cheminement intime pour chacun. Les élèves sse sont interrogé sur leur rapport personnel à la langue. Nous avons abordé la particularité de la ville de Toronto dont plus de la moitié des habitants sont nés à l’extérieur du Canada. Nous avons ainsi fait écho aux valeurs de tolérance et d’ouverture d’esprit de notre école en comprenant la richesse de sa diversité. Les élèves ont pu jouer avec des mots de la langue française qu’ils ne connaissaient pas auparavant et cela leur a donné confiance dans leur maîtrise des langues. Ils continuent d’ailleurs aujourd’hui à utiliser les mots du concours pour s’exprimer. Surtout, ils ont compris que leur voix et leur accent sont uniques et qu’au lieu de vouloir copier des accents que l’on pense parfaits, il faut être fier de sa façon de s’exprimer car elle nous définit.

Enfin, le plus touchant a été de constater un rapprochement des élèves entre eux ; ils ont appris à mieux se connaitre et l’esprit de groupe n’en a été que plus fort, comme après un voyage. Ils ont vécu une expérience forte ensemble et gagner aujourd’hui un premier prix leur montre à quel point il est possible d’accomplir de belles choses lorsque l’on travaille ensemble.

Une contribution de Nathalie Cuisinier-George, professeur des écoles à la Toronto French school – Ecole internationale du Canada
Merci à Sylvie Allonas, proviseur adjoint – Etudes françaises, TFS