Mission laïque française

Les actions phares de cette semaine (13-17 mars) sont certes les concours qui viennent insuffler émulation et compétition telles que les Olympiades des mathématiques, le Kangourou des mathématiques, Calcul@tice et le Castor informatique. Mais ce sont aussi des activités variées, ludiques, parfois interdisciplinaires, qui amènent les élèves à vivre les mathématiques différemment.

Actions multiples, pour tous

Kangouroumaths - WuhanRenaultChine

Cette période de l’année est chargée en concours, actions, semaine thématique (notamment autour de la francophonie), examens blancs…Aussi, certains établissements décident d’étaler les actions liées aux mathématiques. A Addis Abeba, les enseignants de CE1 du lycée Guébré Mariam organisent le Rallye maths pour toutes les classes de ce niveau dès le début du mois de mars. Puis ce sont les Olympiades le 15 mars, mises en place et corrigées par les enseignants de terminale. Quant au rallye d’énigmes mathématiques CM2/6è qui réunit tous les enseignants des classes de CM2 et les professeurs de maths, il se tient entre les vacances d’hiver et de printemps. Les élèves de 11 classes sont brassés en équipe mixtes de 5 élèves pour résoudre 18 énigmes selon un parcours aménagé dans tout l’établissement, sur une matinée. En mai, les professeurs des écoles du CE2 au CM2 organisent avec les professeurs de maths la Course aux nombres. Ce sont des épreuves de 7 minutes de calcul mental. La C.A.N. est organisée en interne au lycée Guébré Mariam afin de pouvoir choisir la date et de concocter leurs propres sujets en corrélation avec les progressions et sujets déjà abordés.

D’autres établissements choisissent de consacrer cinq jours pleins aux activités en lien avec la semaine des mathématiques. Chaque jour commence par un sprint ! Christophe Bonnefoy professeur de mathématiques et coordonnateur au lycée Molière de Villanueva: « à 8h50, je pose une énigme aux CM2/6è, 5è/4è, 3è/2nde et 1è/Tale. Le premier qui a trouvé gagne. » Eric, lycéen, précise que « tous les matins, plusieurs problèmes pour différents niveaux étaient posés, toujours des questions difficiles, et même si on est rapide, un seul remporte le prix ! » Dans l’établissement, la semaine s’est partagée entre l’inauguration de l’exposition  Art et angles d’après François Morellet, concours (Calcul@tice, Olympiades) et conférences pour des publics ciblés.

François Morellet, articulation des segments de droites selon des angles déterminés

 conférence Laura Barrios, Villanueva, mars 2017Eric a apprécié les conférences qui permettent de voir les différentes applications des mathématiques.
«Nous avons accueilli plusieurs conférences, l’une donnée par Laura Barrios et Enrique Arrondo, sur le concept de l’infini et sur la forme de l’univers avec des élargissements en 4 dimensions. Ensuite une autre sur le chiffrement (ou cryptage) pendant la deuxième guerre mondiale avec la machine Enigma, et comment elle a pu être décodée. »
Au lycée français de Stavanger, des énigmes sont affichées dans les classes (réponses données la semaine suivante) et des bandes-dessinées réalisées par les élèves de 6è sur les curiosités du nombre Pi sont exposées ; puis viennent les concours : calcul mental par niveaux (CP/CE1 – CE2/CM1 – CM2/6ème et 5°/4°/3°), concours Koala et le Kangourou des mathématiques (primaire et secondaire), le 2ème tour de l’épreuve Algoréa, le Rallye mathématique par niveaux. Les journées sont ponctuées de projections, notamment de vidéos d’anecdotes sur Pythagore, Thalès et Archimède réalisées par les élèves latinistes et du film « The imitation game » suivi d’un débat avec la professeure d’histoire-géographie (en dehors du temps scolaire).semaine des maaths, lycée français Stavanger, mars 2017

Les mathématiques sortent de leur rayon

Pour certaines écoles d’entreprise, le faible nombre d’élèves a permis de mener une réflexion avec tous les élèves de l’école sur les thèmes proposés « mathématiques et littérature, mathématiques et langage, mathématiques et art, mathématiques et langage. » Laurence Piquiot, professeur de maths à l’école Renault de Wuhan, a mené des activités autour du nombre Pi. Les collégiens encadraient le travail des CM : « Les collégiens créent des fiches de travail pour les élèves de CM. Sur chaque fiche un cercle est encadré par deux polygones réguliers. (Un type de polygone par fiche : du triangle au polygone à 10 côtés). Le jour d’activité, un élève de 6ème joue le rôle du professeur avec 2 élèves de primaire. Ils mesurent et calculent le périmètre des deux polygones, en déduisent un encadrement  du périmètre du cercle sans connaître la valeur du nombre PI. Le travail concerté entre le professeur de maths, l’enseignante du primaire et le professeur de français a permis la synergie des compétences et offert aux élèves de belles expériences. » Les collégiens ont étudié la nouvelle le scarabée d’or d’Edgar Poe et ils ont décodé le message de la nouvelle grâce au tableur Excel. Ce fut l’occasion d’introduire des nouvelles fonctions (= nb.si ;   =SI… sinon) proches de celles vues en algorithmique auparavant. Ils ont aussi travaillé sur le bâton de Plutarque, à travers la Bande dessinée Blake et Mortimer, d’Edgar P. Jacobs. »

A Aberdeen, Mme Mainguy note que le langage de programmation Scratch, abordé du CE1 à la 3è, et la programmation sur Algobox pour les lycées, impliquent la nécessité d’une bonne compréhension pour passer d’un langage à l’autre. Pour Noémie Bourdon, professeur de mathématiques au lycée Victor Hugo de Florence, « la programmation prend une place de plus en plus importante dans les programmes. Le cours castor auquel l’établissement a participé entre parfaitement dans ce thème ». Les élèves de CE2 du lycée Molière de Villanueva ont assisté à la conférence  » art et table de multiplications « : « depuis 3 ans, il y a des travaux artistiques à base mathématiques : travaux sur des brouillons mathématiques, travaux sur l’art aléatoire, tables de multiplications et arts. » Dans le même esprit de rapprochement entre les disciplines, Noémie Bourdon a fait travailler ses élèves sur certaines notions de géométrie étroitement liées à des œuvres d’art étudiées en classe (œuvres d’Escher, mosaïques de l’Alhambra, œuvres de Kandinsky…). CompositionVIII, Vassily Kandinsky, 1923Et pour aller plus loin, ne pas limiter l’action à cette semaine dédiée, Noémie Bourdon compte organiser une conférence sur les liens entre les mathématiques et la philosophie en juin, et éventuellement un spectacle sur les mathématiques et la musique. Par ailleurs, des élèves de 1ère ont fait leur TPE sur les liens entre les mathématiques et les danses et vont venir présenter leur projet aux élèves de 6è et 5è.

Sonja Rembert, professeur de mathématiques au lycée français de Stavanger, a fait découvrir aux élèves des méthodes de cryptographie (voir le concours Alkindi). La Loi de Zipf (George Kingsley Zipf), emblématique du lien entre les mathématiques et le langage, a été présentée lors d’une conférence auprès des CM1, au lycée Molière de Villanueva ; en effet, c’est au cycle 3 que les élèves abordent les mathématiques, les sciences et la technologie et qu’ils sont initiés aux différents langages scientifiques pour résoudre des problèmes, traiter et organiser des données, représenter des objets.Christophe de Bonnefoy, Villanueva, mars 2017

Des élèves qui ont envie de gagner

Eric, lycéen au lycée Molière de Villanueva : « Il y a toujours de la compétitivité entre les élèves qui aiment les maths, on veut se montrer comme les meilleurs de l’année ». Cécile Rannou, à Addis Abeba : « Les élèves abordent la semaine des mathématiques avec beaucoup d’impatience ; ils apprécient le travail sous forme d’un projet interdisciplinaire. Ils sont enthousiastes sur les différentes actions. (…) et le taux de participation aux Olympiades est chaque année de 20% dans l’établissement ». Dans tous les établissements participant à la semaine des mathématiques, les élèves habitués à participer s’entrainent volontiers et anticipent le travail des concours. Comme le précise Sébastien Spaeth, à Rauma, c’est « l’occasion de faire des maths autrement, de privilégier l’intuition, la logique, la réflexion. C’est aussi le plaisir de jouer avec les maths, de se mesurer à d’autres sans pression du résultat, mais avec l’envie de gagner quand même…au moins autant que lors d’une partie de foot à la récré ! ». Noémie Bourdon, à Florence, reconnait que « les concours sont vécus avec un peu de stress, mais les enseignants ont insisté sur le fait que les concours de mathématiques sont avant tout fait pour s’amuser et voir les mathématiques autrement. Nous ne notons pas les concours. Les élèves ont alors été rassurés, et ont pris plaisir à participer aux différentes épreuves. »

Les voix sont unanimes pour déclarer que les actions liées à la semaine des mathématiques favorisent le travail d’équipe et motive pour la mise en place de projets communs. La dynamique positive créée par ces actions créent du lien et favorisent les échanges pédagogiques entre les enseignants, en amont, et apportent satisfaction aux participants en aval. Pour les écoles adossées à une école internationale, cela renforce l’intégration et les échanges avec l’établissement. Sur le plan des concours, le rallye CM2/6è s’inscrit directement dans la liaison Ecole/Collège. Selon Cécile Rannou, les Olympiades permettent aux élèves de « se confronter à des problèmes difficiles et cela leur donne de l’ambition pour leur niveau de mathématiques, avec en perspective la terminale S et le post-Bac ».

Les enseignants qui mènent toutes ces actions autour de la semaine des mathématiques, et au-delà, démontrent chaque jour que les mathématiques ne sont pas qu’un outil de calcul, que c’est une science vivante et en évolution.

Retour sur la semaine des mathématiques au lycée français de Stavanger