Mission laïque française

Les familles de nos élèves sont nos alliées

La place des parents dans l'école

La relation des familles avec l’école occupe une place centrale pour la réussite des élèves et pour le futur de l’établissement. Or, la confiance, le soutien et le patronage des parents ne peut pas être tenu pour acquis dans le climat contemporain de l’école. Quelles sont les stratégies d’accueil, d’accompagnement et de communication qui assureront la consolidation et le développement de ce partenariat ?

La place des parents dans l’école

Pourquoi choisir de parler des parents alors que la mission centrale d’un établissement est d’éduquer les enfants ? D’une part, parce que la collaboration entre les parents et l’école contribue à la réussite des élèves et d’autre part, parce que le degré de réussite de cette mission se mesure en partie à la satisfaction parentale.

Les relations entre l’école et la famille ont toujours été complexes et ambiguës. Cela s’explique parce que les parents sont à la fois présents et absents de l’école. Il n’y a pas d’école sans parents mais parfois, c’est à regret qu’ils se voient contraints de partager ce rôle d’influence avec les enseignants.

L’école et les familles ont longtemps été deux univers bien distincts. L’école française en particulier s’est construite sans les parents pour des raisons socio-historiques. De nombreux textes documentent une relation plutôt houleuse entre la famille et l’école, dans le champ lexical de la discorde.

A ceci s’ajoute la question de l’école privée car le clientélisme peut complexifier les relations. Par ailleurs, les différences culturelles et linguistiques compliquent une relation déjà tendue.

Face au changement du monde, les parents se sentent une obligation vis-à-vis de leurs enfants. Ils veulent qu’ils réussissent, en les préparant à toute éventualité. Le nombre de familles non traditionnelles ne cesse d’augmenter. Les familles naviguent dans un univers sans réelle norme pour les guider et l’anxiété qu’elles perçoivent est manifeste. Finalement, l’école a perdu le monopole de l’éducation. Les parents sont constamment exposés à de multiples théories et s’inquiètent de savoir si l’école prépare adéquatement leurs enfants à un futur incertain.

Aujourd’hui, plus que jamais, les parents veulent prendre les choses en main et s’engager dans l’action éducative. Ils veulent savoir ce que leurs enfants font à l’école. Certains veulent apprendre ce que leurs enfants apprennent. L’idée que l’école puisse se construire avec les parents est récente et reste encore controversée. Pour beaucoup d’enseignants, un bon parent est celui qui est à l’heure à la grille. Pourtant, la coéducation n’est pas étrangère à nos pays. La loi de refondation de l’école de 2013 a apporté une évolution significative dans la relation école-parents. On parle d’une participation accrue des parents.

La classe moyenne consacre son temps, son énergie et ses ressources aux enfants. La pression des parents sur l’école s’accroît sans cesse et ses attentes peuvent être pesantes si l’école ne se donne pas les moyens d’y répondre.

Pourtant, ces attentes sont légitimes, de la même manière que les interrogations des familles sur les fonctionnements et objectifs des établissements scolaires qu’ils choisissent pour leurs enfants. Les écoles se doivent de prendre en compte ces interrogations et d’accorder une place centrale à l’accueil, à l’accompagnement et à l’engagement parental.

Accueillir les familles dans les établissements scolaires

L’accueil des familles représente une étape très importante. Les premières impressions sont durables et décisives. Nous voyons un élève arriver chaque matin mais la famille confie à l’établissement un enfant.

Une correspondance régulière dès la signature du contrat ; des échanges avec des familles déjà implantées ou de nouvelles familles ; une familiarisation avec les lieux ; un événement communautaire tel qu’un pique-nique de bienvenue… voici quelques pistes d’actions qui permettraient de dédramatiser la rentrée des classes. Une fois passées, les relations peuvent assez vite se détériorer. Si un enfant pleure chaque matin, un parent perdra vite confiance s’il ne sent pas soutenu. Si quelqu’un dans l’établissement prend le temps de lui envoyer une photo de son enfant, joyeux, le lien de confiance sera solide. Il est fondamental d’essayer de penser comme un parent et à notre rôle qui est d’accompagner les familles.

Mais comment y arriver ?

  • En mettant en place des systèmes d’échanges informels avec les familles
  • En organisant des évènements autour de la classe : ces moments conviviaux permettront d’assoir et de valoriser le partenariat enseignants – parents.

Les familles peuvent être engagées dans l’établissement par le biais du volontariat, qui prend de multiples formes : accueillir de nouveaux enseignants ; être les ambassadeurs auprès de familles potentielles… mais également co-enseigner. Les parents ont beaucoup à offrir, ils peuvent présenter la diversité du monde ou leur environnement professionnel.

Les familles offrent aux enfants une diversité de mondes et révèlent une richesse que l’école, seule, ne pourrait jamais égaler. Les relations qui se développent dans l’école seront ensuite à l’origine d’une estime et d’un respect mutuels précieux.

Par ailleurs, les parents souhaitent également être représentés à tous les niveaux de gestion de l’établissement. Les associations des parents d’élèves sont en général le conduit classique entre les familles et l’école. Trop souvent, les initiatives des parents menées par les associations sont vécues comme des actions de résistance. Elles peuvent le devenir si les familles ne se sentent pas authentiquement associées au projet éducatif.

Au lycée international franco-américain – San Francisco, les représentants de l’association des parents rencontrent régulièrement l’équipe de direction. A l’école primaire, l’école propose chaque année aux 58 délégués de classe une formation décrivant précisément leur rôle. Les parents ne peuvent pas se rendre compte qu’ils dépassent les limites, si celles-ci ne leur ont jamais été explicitées. Pour délivrer un message intelligible, l’école doit se doter d’outils de communication efficaces. Ces outils doivent ainsi correspondre à la génération à laquelle nous nous adressons. Une énorme différence existe entre la génération X et les Millennials de la maternelle.

A l’ère du numérique, les établissements doivent être présents sur les réseaux sociaux, être familiers des sondages et être réactifs dans les réponses données à leur communauté. Les comptes Twitter et les pages Facebook, de l’école et des enseignants, doivent être utilisés car les jeunes enseignants possèdent des forces sur lesquelles les établissements peuvent s’appuyer. Les podcasts sont également un outil très important.

Les familles sont en quête d’une représentation authentique, à tous les niveaux. Il appartient aux établissements d’initier une politique de coéducation véritable, en institutionnalisant les pratiques d’accueil, d’accompagnement et de dialogue et en développant les vecteurs de collaboration qui fonctionneront bien pour les écoles.

A plus long terme, il faudra déterminer un cadre de travail très rigoureux pour développer ce partenariat. Celui-ci est un projet d’établissement à part entière, adapté au public, garantissant de multiples formes d’implication aux familles et permettant d’assurer le soutien des équipes.

Des ponts solides entre la famille et l’école assurent la réussite de l’enfant. Les parents donnent de la valeur à l’éducation que nous dispensons et ce sont eux qui parleront en termes élogieux de nos établissements et qui nous aideront à nous démarquer de la concurrence. Ce sont eux qui soutiendront nos écoles, aujourd’hui et dans le futur.

Transcription de la conférence de Marie-Pierre Carlotti, directrice de l’école primaire, lycée international franco-américain – San Francisco au #CongrèsMlf 2019


(Re)voir la conférence

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