Mission laïque française

Retour sur l’intervention du président de la Mlf au colloque de l’enseignement français à l’étranger

Le 7 juin dernier se déroulait à l'Assemblée nationale un colloque sur l’enseignement français à l’étranger (EFE). François Perret, président de la Mission laïque française, y est intervenu et y a exposé la place centrale de l'association dans la gouvernance et le développement de l'EFE à travers le monde. Voici une transcription de son intervention.

Le colloque de l’EFE initié par Samantha Cazebonne

Dans la poursuite des différentes actions menées pour rendre le modèle d’enseignement français à l’étranger toujours plus attractif et performant et accompagnée de nombreux experts de l’EFE et de l’enseignement, la députée Samantha Cazebonne a organisé un colloque le 7 juin à l’Assemblée nationale.

Ce colloque a permis d’aborder quatre thématiques à fort enjeu : le développement du réseau, la place de l’évaluation et de l’autoévaluation dans nos établissements scolaires à l’étranger et la valorisation de l’EFE, la gouvernance et la médiation

Intervention du président de la Mission laïque française

Je vous remercie, Madame la Députée Samantha Cazebonne, d’avoir mis à l’ordre du jour de ce colloque la question de la gouvernance de l’EFE qui doit nécessairement accompagner celle de son développement.

La définition que vous proposez de cette notion convient tout à fait à un système complexe, tel que celui de l’EFE, qui compte un grand nombre de parties prenantes. Elle fait appel à la responsabilité des différents acteurs et suppose donc la concertation, la négociation, les ajustements, à l’opposé d’un pilotage topdown purement injonctif.

Comment mieux conduire une action collective efficace dans un environnement complexe, évolutif, incertain parfois, avec des acteurs aux intérêts qui peuvent être divergents, de multiples sources de décision, des rapports nouveaux avec les administrés, les partenaires, les citoyens ?

La Mission laïque française est l’un de ces acteurs. Association reconnue d’utilité publique, la seule dans ce paysage, elle est le plus ancien opérateur de l’EFE, auquel l’Etat fait confiance depuis 120 ans. Elle représente à peu près 20% de l’ensemble du réseau.

Les relations qui la lient par convention aux deux ministères lui reconnaissent la qualité de partenaire de l’Etat. Elles inscrivent son action dans la politique de rayonnement de la France définie par le Ministère des Affaires Etrangères  et dans les orientations éducatives et pédagogiques arrêtées par le Ministère de l’Education Nationale, tout en lui garantissant la responsabilité de son projet.

Elle appartient au réseau de l’enseignement français homologué dont elle respecte les règles et veille à la cohérence et la complémentarité de ses activités avec l’opérateur public.

Aussi, l’enjeu d’une bonne gouvernance, du point de vue de la Mission laïque française, c’est de trouver le bon équilibre entre sa participation pleine et entière à une politique publique et le respect de son identité propre, de sa culture, de son savoir-faire prouvé depuis si longtemps ; c’est de combiner une communauté d’objectifs, partagés avec l’Etat et les autres parties prenantes, et la diversité des moyens employés ; c’est de ne jamais confondre unité et uniformité du système d’EFE.

Cet équilibre est toujours fragile, parce qu’en France la collaboration entre l’Etat et la société civile sur une politique publique ne va jamais de soi. Et c’est pourquoi, sans exclure la mise en œuvre de règles formelles, il n’y a pas d’autre voie que la pratique du dialogue, de la concertation, de la négociation. C’est un chemin parfois malaisé, mais c’est celui de la responsabilité et de l’intelligence.

C’est en tout cas celui que nous avons emprunté avec l’AEFE, dans la discussion que nous menons actuellement pour renouveler l’accord-cadre qui lie nos deux maisons.

Prenons l’exemple de la formation. La Mission laïque française a bâti depuis plusieurs années un système cohérent de développement professionnel pour les personnels de ses établissements. Nous considérons qu’il a toute sa place dans l’objectif fixé par l’Etat d’un renforcement des dispositifs de formation, aux côtés des futurs instituts régionaux de formation et en coopération avec eux. Toute tentation d’un alignement sur un modèle unique serait, à nos yeux, contreproductive. La bonne gouvernance est celle qui rassemble des initiatives, pourvu qu’elles soient de qualité, autour d’un objectif commun.

Alors à la question que vous posez « comment simplifier le fonctionnement de ce système pour le rendre plus compréhensible ? », on peut répondre « certainement pas en cherchant à le rationaliser de manière technocratique ».

Il me semble qu’on pourrait commencer modestement par nommer comme il faut les fonctions de chacun dans les communications officielles. Par exemple, le pilote de l’EFE, c’est l’Etat, MAE sur le plan politique, MEN sur le plan pédagogique. L’homologation est attribuée par le MEN. L’établissement public est le coordonnateur général, le régulateur de l’ensemble du réseau. Beaucoup de flottements lexicaux créent de la confusion et, comme on le sait, mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

Je ne pense pas, par ailleurs, que ce soit par l’ajout de nouvelles orientations stratégiques que l’on créera la confiance indispensable entre les différents acteurs, mais par une pratique d’esprit démocratique fondée sur le dialogue et la concertation. La confiance ne se décrète pas, elle se prouve.

Et à cet égard, paradoxalement, l’obligation d’un enseignement à distance due à la pandémie semble avoir renforcé l’association des familles, à titre individuel comme collectif, à la vie et la gestion des établissements.

A la Mission laïque française le taux d’équipement numérique des établissements s’est accru et tous disposent aujourd’hui d’un environnement numérique de travail. Cela a transformé sensiblement la communication des établissements avec les familles qui deviennent, dans les meilleurs des cas, de véritables partenaires des professionnels de l’enseignement.

Tout le défi consiste pour nous à capitaliser après la crise sur ces nouvelles pratiques et à éviter tout retour en arrière.

Un regret pour terminer : j’étais de ceux qui pensaient que l’affichage d’une ambition aussi élevée pour l’EFE que le doublement de ses effectifs aurait pu, dû s’accompagner d’une remise en chantier de la loi de 1990 sur l’AEFE.

Cela n’a pas été le cas. N’ayant pas le temps de développer ici, je donnerai, Madame la Députée, mon sentiment sur ce sujet sur la plateforme dont vous avez annoncé la création.


Transcription de l’intervention du président de la Mlf, François Perret lors du colloque du 7 juin 2021