Mission laïque française

Pose de la première pierre du nouveau lycée français de Palma

Cérémonie de la pose de la première pierre, lycée français Mlf de Palma, 27 janvier 2018

"Opportunity, Futur, Egalité, Libertad, Illusió, Educar, Laïque, Convivencia, Aventure, Solidarity, Respect, Open-minded, Inovador, Rire, Cultura, Happiness, Amistad, Fraternitat, Languages, Aprender, Jugar, Espace, Travailler, Familia" : ce sont les mots choisis par les élèves en quatre langues (espagnol, français, anglais et catalan), déclamés et écrits sur des galets pour marquer et rester dans le temps. Des mots intemporels mais bien ancrés dans le présent et surtout dans un futur proche : celui du nouveau lycée français de Palma.

« Depuis des années, vous vous êtes battus, vous vous êtes sacrifiés pour que cet établissement survive, qu’il grandisse et qu’il puisse enfin disposer de ses propres murs. Vous avez aussi tous contribué à la réussite de cet événement qui a marqué notre nouveau départ et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants. Vos idées, vos propositions, vos réalisations ont permis de faire de cette matinée un temps de communion et un symbole fort de notre engagement collectif à la réussite de ce projet.” François Cornu, proviseur du lycée français de Palma de Mallorca, à l’équipe de l’établissement

Par Sébastien Gavignet, documentaliste et François Cornu, proviseur du lycée français Mlf de Palma

C’est un samedi matin de janvier que la cérémonie de la pose de la première pierre s’est déroulée. Les enfants chantent « On écrit sur les murs » avec la chorale du lycée, une ancienne élève, Mme Anna Mammos, témoigne, sa fille, Tatiana, lit un texte sur le déménagement du lycée, tandis que son petit-fils, Louka, aidera plus tard à poser la pierre. Les discours s’enchaînent mais ne se ressemblent pas, tant il est vrai que l’histoire de cet établissement est riche. Enfin la pose de la première pierre qui renferme un coffret en plexiglas où l’on dépose entre autre un parchemin signé par les personnalités présentes et un poème inspiré de Georges Perec et réécrit par Gilles, un enseignant de l’école. Plus de 300 personnes ont assisté à ce moment historique attendu depuis si longtemps à Palma.

Une cérémonie pleine de symboles, qui n’ont pas manqué de toucher les personnalités présentes pour l’occasion : François Perret, président de la Mission laïque française, Gautier Lekens, ministre-conseiller, représentant Yves Saint Geours, ambassadeur de France à Madrid, Ramon Bazataqui, président de l’association Culturelle Française aux Baléares (ACFB), Samantha Cazebonne, députée des Français de l’étranger, José Hila, adjoint au maire de Palma, François Cornu, proviseur du lycée, Lucia Da Silva, conseillère culturelle adjointe, Michel Magnier, consul honoraire de France à Majorque, Alexandre Debarre, directeur primaire, Llorens Huguet, recteur de l’Université des Iles Baléares, Marti March, conseiller d’éducation du gouvernement des Iles Baléares et Giuseppe Violante, architecte du projet.

Ce samedi 27 janvier est une journée inhabituellement grise à Palma, mais seulement dans le ciel. Les sourires affichés disent le contraire : la joie et la satisfaction de réussir un exploit, la construction d’un nouvel établissement scolaire. En effet le projet revient de loin.

L’enseignement français à Palma a commencé en 1966 à l’initiative de quelques familles françaises. Au début, les classes, qui regroupaient une trentaine d’élèves, avaient lieu dans un garage à San Augustín. L’école française de Palma a ouvert en janvier 1970 dans le quartier de Génova, dans une ancienne école catholique. À cette époque, l’établissement, géré par une association de parents d’élèves, accueillait quarante élèves avec cinq classes en primaire et quatre en secondaire. En 1975, l’augmentation significative des effectifs (175 élèves) et une mésentente entre certains parents et enseignants conduit à la création d’une nouvelle association : l’Association Culturelle Française des Baléares (ACFB) afin de créer un nouvel établissement, le collège français de Palma (CFP) installé à la rentrée de septembre 1975 à la villa Mercedes, une belle demeure construite en 1933 sur la calle Salud. L’enseignement est assuré en direct jusqu’en 3e sous la responsabilité de la Mission laïque française. Ce nouvel établissement reçoit l’agrément du ministère espagnol de l’Éducation en 1977 et l’homologation du ministère français de l’Éducation nationale en 1979. Dès 1977, l’ACFB et la direction du collège envisagent la construction d’un nouvel établissement sur autre site. Le coût élevé de ce projet et le nombre encore restreint d’élèves (199 à la rentrée 1977) ne permettent pas de le mener à bien. Des solutions de développement sont donc mises en place pour améliorer les conditions d’accueil. En 1977, le CFP ouvre une première annexe au numéro 3 de la Calle Salud pour y accueillir trois classes de primaire. En 1986, avec plus de 280 élèves, deux nouveaux bâtiments sont construits dans la cour de la villa, et un laboratoire de sciences et de technologie est installé au numéro 3. En 1990, le collège accueille 316 élèves et intègre le réseau des écoles françaises de l’étranger en signant une convention avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) qui vient d’être créée. En septembre 2005, le collège passe la barre des 400 élèves. En 2008, l ’AEFE cède la gestion de l’établissement à la Mission laïque française. Les classes de 2nde, 1re et Terminale sont homologuées en 2009 et le collège change de nom pour devenir le lycée français de Palma (LFP).

La construction d’un nouvel établissement avait à nouveau été sérieusement envisagée par le lycée au cours de l’année 2007-2008 afin d’accroître sa capacité d’accueil. Le lycée se met à la recherche d’un site pour construire enfin un établissement adapté. En 2008, la mairie de Palma met à disposition du LFP un terrain situé à deux kilomètres du lycée actuel dans le quartier de Sa Teulera. L’acte est signé par le maire et le président de la Mlf en septembre 2011. Au printemps 2011, un concours d’architectes est lancé. Le projet du cabinet Zanobia est retenu mais la réalisation en est suspendue face aux difficultés financières que connaît l’établissement à une époque où la crise économique frappe durement l’Espagne. Au printemps 2013, la Mlf vote la fin de la gestion financière du lycée qui est alors menacé de fermeture. La mobilisation sera grande de la part des élèves, des parents, des personnels du lycée et de plusieurs personnalités du monde politique, artistique et sportif, dont Paco de Lucia et Rafael Nadal.

En faisant preuve de détermination, d’engagement et grâce à une équipe d’enseignants volontaires et de parents investis, une stratégie nouvelle est définie. Deux ans d’efforts, d’investissement et d’initiatives ont permis d’inverser la tendance et d’annoncer la reprise du projet de construction en raison de la progression de près de 30% des effectifs qui atteignent 510 élèves à la rentrée 2016. Après avoir effectué les démarches nécessaires pour récupérer la concession perdue du terrain, la construction du nouveau lycée est votée à l’unanimité par le conseil d’administration de la Mlf en juin 2016.

Une troisième annexe est installée sur l’avenue Miró à la rentrée 2017 afin d’accueillir les lycéens en attendant l’installation dans le nouveau lycée. Les travaux débuteront en mars de cette année, et la rentrée dans ce nouvel écrin est prévue pour 2019.