Le Festival international de géographie vu par une professeure de Stavanger

Alice Lefèvre, professeure d'histoire-géographie au lycée français de Stavanger, s'est rendue au Festival international de géographie à Saint-Dié et rend compte ici de l'atelier "Enseigner la géographie à travers le cinéma et les séries" animé par Bertrand Pleven PRAG à l’ESPE (Paris) qui mène actuellement une thèse de géographie sur les territoires urbains dans le cinéma contemporain et les fictions audiovisuelles à (Paris I) et Marion Beillard, IA-IPR d’Histoire-Géographie de l’académie de Versailles.

Le but de cet atelier articulé autour de quatre exemples est de montrer comment il est possible d’utiliser le cinéma et les séries pour construire des cours de géographie. Les intervenants se sont attachés à respecter la thématique du FIG : « Territoires humains, mondes animaux » et ont donc construit leur exposé autour d’extraits en lien avec ce sujet.
Tout d’abord, il s’agit de rappeler que le cinéma comme les séries permettent d’exploiter l’effet de réel. Ils appartiennent aux pratiques territoriales des élèves et en les utilisant nous légitimons leur culture. Les films permettent de fixer des savoirs géographiques en offrant une expérience sensible des espaces. Dès la réception des images, c’est un moyen de faire entrer la classe dans le monde. Le film comme la série sont donc à la fois vecteurs d’imagination et de connaissances.
La première partie de l’atelier est consacrée à l’étude de l’animal sauvage dans le cinéma.
Le premier exemple est un passage Des Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) au début du film quand l’animal s’insinue dans les territoires humains. Cet extrait permet une analyse géographique de ce qu’est un littoral aménagé pour le tourisme balnéaire, thème en lien avec les programmes de 5e, 4e, 2nde et Terminales. Dans cette civilisation des loisirs, la nature n’a plus sa place ou bien uniquement sous l’eau. Cinématographiquement, cet extrait permet d’évoquer les notions de visibilité et d’invisibilité, de champ (la plage), contre champ (la surveillance sur la mer) et hors-champ (l’opacité des profondeurs). Cela renvoie le spectateur à la notion de géographie de frontière.
Ce film peut aussi être travaillé avec les élèves pour nourrir une autre réflexion. En effet, il a été tourné en 1975, et certains critiques voient ce film comme l’annonce d’une Amérique plus conservatrice. Les Etats-Unis se seraient alors affaiblis et seul un homme fort (incarné par le policier dans le film) pourrait sauver la situation. Ce serait l’annonce de la victoire de Ronald Reagan.
Le deuxième exemple porte sur le début du documentaire Grizzly Man de Werner Herzog (2005). Cette fois-ci, c’est l’homme qui pénètre sur le territoire animal, dans une nature sanctuarisée. Il est question de la notion de frontière que l’on peut exploiter dans le programme de 2nde : la frontière et sa transgression ou comment Timothy Treadwell se filme dans différents territoires. Il est possible de modéliser son égo-géographie.
Ensuite, les intervenants proposent un extrait qui place le spectateur du point de vue de l’animal, en l’occurrence un personnage qui se transforme en moineau survolant Roissy à la recherche de son ami, extrait de Bird people de Pascale Ferran (2014). Ce poétique survol de l’aéroport pourrait humaniser un cours de 3e sur la géographie de la France. Il permet de
faire travailler les concepts de flux, noeuds, axes de communications, mondialisation. Un travail possible avec les élèves serait de retracer le parcours de l’oiseau sur un plan.
L’atelier est alors orienté vers les études de séries. D’abord le générique de True Detective saison 2 de Nic Pizzolatto (2015), qui permet une première approche de la ville de Los Angeles et des images qu’elle véhicule. Ce n’est plus un espace vécu mais un espace perçu. Une activité envisagée pour les élèves serait de réaliser eux-mêmes leur propre générique en faisant un choix d’images et leur propre montage.
Enfin, il est évoqué l’utilisation de The Handmaid’s Tale de Bruce Miller (2017). La dystopie permet un retour à l’animalité. Un travail est envisageable sur les paysages avec les stigmates de la guerre et des modifications qu’elle induit : ainsi Anchorage est la capitale de Gilead, un territoire appartenant auparavant aux Etats-Unis. Il ne reste que deux étoiles sur le drapeau ce qui sous-entend des modifications territoriales.
La conclusion rappelle qu’il est important de souligner les enjeux intellectuels et culturels de l’utilisation des films et des séries en classe.
Il faut noter que les films font l’objet d’une protection intellectuelle et qu’il n’est légalement possible d’en exploiter l’intégralité que si l’oeuvre a été achetée avec une licence. Sinon le droit de citation est la règle : il ne faut pas excéder 6 min et 1/10e du total de l’oeuvre. Cette règle s’applique aussi aux blogs et autre sites d’établissements sur lesquels on ne peut laisser des liens pour de plus grands extraits. D’un point de vue pédagogique il est de toute façon souhaitable de travailler sur de courts extraits que les élèves peuvent revoir plusieurs fois.

Les animateurs de l’atelier ont bien aimablement communiqué pour publication leur diaporama dont la slide 6 peut être utilisée pour illustrer l’égo-géographie et la notion de « frontier » chez Spielberg.

La prochaine édition du Festival international de Saint-Dié aura lieu les 5, 6 et 7 septembre 2018. Le thème sera « La France demain » et les pays invités, « la Scandinavie ».