Mission laïque française

Dans le prolongement du projet "le chemin de la paix", mené en 2017-2018 par une classe du lycée franco-libanais Verdun, une émission de télévision a été enregistrée le 8 septembre sur la place de l'Etoile à Beyrouth : des élèves du lycée Verdun et de l'école publique Jaber Sobah Ras ont participé à un "talk-show" avec le Ministre de l'Éducation nationale libanais et le Ministre de l'information.

Coup de projecteur sur un projet porté par le lycée franco-libanais Verdun et encadré par Lama Amaleh, professeur des écoles : Le chemin de la paix ou l’ouverture culturelle, la mémoire et l’art au service de la dénonciation des guerres. Ce projet aux multiples facettes s’est réalisé en cinq étapes.
Parmi toutes les actions menées dans le cadre de ce projet d’envergure, deux films, trois pièces de théâtre, le jumelage du lycée franco-libanais Verdun avec une école publique locale, la labellisation du « Chemin de la paix » dans le cadre du concours de la Mission du centenaire et un talkshow avec le ministre de l’Education nationale libanais. Rien de moins. Une mobilisation hors du commun : la communauté scolaire du lycée Verdun et celle de l’école publique de Jaber Ahmad El Sobah Ras Beyrouth, des acteurs de la société civile locale, des entreprises, des hommes et des femmes du monde politique, des artistes et des professionnels du monde médiatique.

Lorsque les élèves ont rencontré le ministre de l’Education, Marwan Hamade le 22 février 2018, ils ont obtenu un double accord pour la tenue d’une conférence autour du rôle de la mémoire et de l’ouverture culturelle dans la construction de la paix, ainsi que la permission de mener un travail de jumelage avec une école publique locale. En amont de cet accord, il a fallu comprendre la hiérarchie, présenter le projet aux parents, aux chefs d’établissement, écrire des lettres, argumenter, s’exprimer et convaincre.

Concours de la mission du centenaire : obtention de la labellisation

Autre moment fort le 23 mars, le lycée Verdun a organisé une conférence, un récital et une exposition dans l’auditorium du ministère de l’Education, dans le cadre du projet du centenaire de la grande guerre, projet interdisciplinaire par excellence : Histoire, géographie, français (littérature engagée : poèmes, récits, articles de presse, documentaires), arts visuels, histoire des arts, numérique, mathématiques, éducation moral et civique, APSA etc.
La société libanaise a déjà connu la guerre ; elle est actuellement menacée par les guerres régionales. Comment les différents genres de l’engagement ont-ils servi à dénoncer les guerres et construire la paix et quel rôle la commémoration dans l’entretien de la paix joue-t-elle ? Les élèves du Cm2 de Verdun ont effectué des recherches, mené des interviews hors de la classe et participé à des ateliers tournants animés en classe autour de divers supports : narration et dénonciation de la guerre, la construction de la paix et son entretien. Toutes ces ressources ont permis aux élèves de comprendre les enjeux de ce conflit mondial et de prendre conscience que la grande guerre fut un moment clef pour le Liban car à moitié décimé par la famine, le Mont Liban prit un nouvel élan et devint le Grand Liban de nos jours.

Le site de la mission du Centenaire

Le travail de jumelage entre le lycée Verdun et l’école publique de Jaber Ahmad El Sobah Ras Beyrouth

Cette expérience de jumelage est une « première » au Liban. Le 28 avril 2018 a eu lieu la rencontre–jumelage avec des élèves de trois classes d’une école publique du cursus libanais ; l’objectif était de partager l’expérience « Le chemin de la paix », projet labellisé par la mission du centenaire. Cinquante-cinq élèves au total accompagnés de leurs professeurs titulaires pour une journée d’ateliers, dans la salle de théâtre de l’école Jaber Ahmad El Sobah : des ateliers de travail composés de groupes d’élèves de plusieurs niveaux, (CM2, 5è, 3è) francophones, arabophones et anglophones, autour de la mémoire culturelle. A noter la présence d’enfants réfugiés syriens scolarisés dans l’école publique qui ont pu témoigner de leur expérience de la guerre.
De nombreux et divers thèmes furent abordés : l’initiation à la pratique de la classe inversée, le numérique au service de l’information, le recueil du récit de guerre, l’atelier philosophique et la mémoire culturelle, le recyclage des objets, l’art au service de la dénonciation de la guerre et de la construction de la paix : le théâtre, les danses folkloriques, les chansons, les écrits (poèmes, textes, récits), la musique…La concrétisation du travail commun a pris forme le 23 mai, sur les plateaux de l’Unesco à Beyrouth, sous le patronage du ministre de l’Education M. Hamadé, devant les parents des élèves des deux écoles, les invités, les partenaires et les médias.

Le talkshow ou le projet média-scolaire

En amont de cet événement médiatique et culturel, un long travail de mise en contact, recherche de partenaires en vue du financement du projet, communication aux parents… Une action citoyenne autour du rôle de la mémoire des guerres dans la construction et le maintien de la paix a été mené avec le ministre de l’Information Melhem Riachi.
Le talkshow a réuni les participants* de ce beau projet le 8 septembre 2018, sur la Place de l’Etoile, lieu emblématique de la création de l’Etat libanais. Le débat autour du film, « Le chemin de la paix » qui évoque de courts épisodes de la guerre civile, a permis de dénoncer son absurdité et « tracer le chemin de la paix par le pardon et la justice, loin de la violence et la hargne » et « a fait parler les deux protagonistes de la réconciliation, des guerres fratricides qui ont eu lieu et de leur expérience unique dans l’établissement de la paix et le vivre ensemble ».

Participants : Marwan Hamade, ministre de l’Education, Elissar Naddaf Geagea, conseillère du ministre de l’Information, des élèves des deux écoles.

Le salon du livre francophone de Beyrouth – du 3 au 11 novembre – a également été un espace de résonance pour « le chemin de la paix ». Le débat a mis en perspective ce projet de longue haleine en regard des orientations politiques des ministères de l’Education, de l’Information, des Affaires Sociales et de la dimension pédagogique, la formation des enseignants et aussi des  élèves, futurs citoyens. La table ronde a traité de l’engagement des deux ministres à développer et multiplier l’intervention des professionnels de la presse à l’Ecole, pour contribuer à la transmission de l’éducation à la citoyenneté.

Marwan Hamade a parlé de la mobilisation de l’École pour inculquer les valeurs du vivre ensemble, les valeurs qui instaurent la paix et l’essor. Il a évoqué l’expérience de jumelage entre le public et le privé qu’il a menée et qui fut une première au Liban et l’initiative qui a occasionné les premières briques d’une alliance entre l’Education et l’Information. Natacha Espinosa, maître de conférences et professeure responsable de la formation des enseignants à l’Université Paris-Nanterre ont apporté un éclairage sur l’importance des projets pédagogiques médias–scolaires dans la formation de l’élève éclairé. Le ministre des Affaires sociales, Abou Assi a pris en charge le volet de la réconciliation et expliqua que le chemin de la paix n’a pas de terminus… et que la paix se travaille tous les jours. Lama Alameh a retracé les moments forts du projet.

Ce n’est pas un hasard que le message véhiculé par  les deux films vient à deux jours de la commémoration de la grande guerre, témoigner de la volonté de nos jeunes Libanais de dépasser les conflits confessionnels et de maintenir la paix […] Le chemin de la paix n’est pas seulement le chemin de la réconciliation mais c’est aussi celui de la construction[…]. Face aux défis que nous rencontrons aujourd’hui, seule la jeunesse qui réunit le secteur privé et le secteur public serait le parti opérationnel par ses idées innovatrices [….]». Marwan Hamade

Le Chemin de la paix illustre la coexistence de la mémoire des guerres et de l’ouverture culturelle.

Une contribution de Lama Alameh, professeur des écoles au lycée franco-libanais Verdun, Beyrouth
Eric Krop, proviseur
Julien Parisot, directeur du site Verdun 3