Mission laïque française

Un café philosophique a ouvert ses portes au lycée français international Jean-Mermoz, à Abidjan. Le deuxième session a eu lieu le 17 janvier. Cette initiative s'intègre pleinement dans le  le parcours citoyen qui vise à la construction, par l'élève, d'un jugement moral et civique, à l'acquisition d'un esprit critique et d'une culture de l'engagement. Marielle Tagbe, professeur de philosophie, nous en décrit les principes de fonctionnement.

Un café philo: la forme …

Les enjeux d’un café philosophique peuvent être compris lorsque l’on s’interroge sur la représentation que les élèves se font de la discipline. Les questions philosophiques sont immédiatement rejetées après avoir été formulées car considérées dès lors comme hors de portée des élèves. Pourtant derrière cela existe une admiration. C’est l’occasion donc de se familiariser avec cette discipline et son vocabulaire mais aussi de s’entraîner à exprimer oralement un argumentaire et de stimuler une prise de parole responsable, d’expérimenter le débat citoyen et de réfléchir au « vivre ensemble » au sein de l’établissement.
Tous les élèves de terminale peuvent s’inscrire librement (ceux de Terminale L y participent nécessairement en tant que co-organisateurs). La présence des élèves de Première L est également souhaitée. Lors de l’organisation de chaque café sont invités des professeurs appelés à intervenir dans un débat en lien avec leur propre discipline. Des intervenants extérieurs (médiateurs) à l’établissement peuvent être amenés à intervenir selon les sujets proposés.
Pour chaque séance (3 par an), il y a un « introducteur », élève de TL qui présente les enjeux de la question posée, un « donneur de paroles », élève de TL qui facilite le respect et la circulation de la parole, un « médiateur», intervenant extérieur ou professeur qui commente les réflexions et fait circuler la parole et des débatteurs, élèves de terminale ayant préparé un argumentaire et assistant au débat.
Une fiche d’inscription circule dans la salle des professeurs pour le personnel enseignant, le personnel administratif et les agents de la vie scolaire, et une autre fiche circule auprès des élèves de terminale via les professeurs principaux. Le débat a lieu au CDI.

Les thèmes sont choisis par le professeur de philosophie et les élèves selon trois critères :

– Le lien avec le programme de philosophie en classe de Terminale
– L’interdisciplinarité de la question
– Les enjeux de l’actualité nationale et internationale

A l’issue du débat, une petite collation préparée par les élèves de la série littéraire avec la collaboration de l’atelier Gourmand est proposée, en lignée avec l’esprit du « Banquet », dialogue platonicien mettant en scène Socrate allant retrouver ses amis pour discuter autour d’un thème « Qu’est- ce que l’amour ? ». Faire vivre l’esprit du « Banquet », c’est redonner du sens à l’étymologie oubliée du terme « philosophie » qui signifie également « s’ouvrir en l’amitié ».

… et le fond

Emission de webradio du 11 janvier sur le 2è café philo (du 17/01/2018).

Le premier café philo mettait en jeu sciences et philosophie en posant la question suivante : Sommes nous déterminés par le hasard ? Le débat complètement pris en charge par les élèves de Terminale s’est vite concentré autour d’une polémique classique opposant créationnisme et évolutionnisme. De ce fait, avec les élèves de Terminale L, nous avons décidé de poser la question de la place de la croyance dans la société en posant comme question centrale du café philo n°2 : Pouvons -nous vivre ensemble sans foi ni loi ?
Pour traiter de la place de la laïcité, nous avons fait appel à une médiatrice extérieure à l’établissement, Aude Nanquette, docteure en sociologie. La question de la laïcité de façon n’a pas été posée de façon explicite afin que le concept implicite surgisse au cœur de la réflexion collective des élèves et s’impose comme une valeur évidente. Néanmoins si tous s’accordent sur une définition basique de la laïcité, ses enjeux et son effectivité dans la vie quotidienne dans l’établissement comme dans la société restent flous. En Côte d’Ivoire, les élèves ont le sentiment de vivre dans une grande tolérance en matière de croyance tout en ignorant l’importance de l’inscription dans la charte de l’établissement comme dans la constitution.

L’après-débat : Le débriefing du débat avec la classe de TL a été l’occasion de prendre conscience de leur manque de mise en pratique de la laïcité dans leur vie quotidienne. Les élèves ont pris conscience également que sous la tolérance apparente se cachait une forte intolérance véhiculée par des idées reçues et des a priori qui rendent l’inscription de la laïcité dans la charte de l’établissement essentiel et nécessaire. Il a donc été décidé que les élèves allaient collectivement faire une liste des « idées reçues en matière de laïcité » pour créer une enquête sociologique auprès des élèves ayant pour but de mesurer le degré de tolérance et de connaissance en matière de laïcité.

Contribution de Marielle Tagbe, professeur de philosophie au LIJM, avec la coordination de Sylvie Maudire, proviseur-adjoint